Projet K-Masstec : vous avez dit pyramidage ou alternance ?

Forts du constat que des souches de phoma virulentes vis-à-vis d’un gène de résistance spécifique sont dans l’incapacité d’attaquer des variétés comportant un autre gène de résistance spécifique lui-même contourné, les chercheurs du projet K-Masstec tentent de trouver la stratégie la plus durable : utiliser ces deux gènes dans une même variété ou une année sur deux ? Comprendre au niveau moléculaire les mécanismes impliqués, essayer les stratégies au champ et modéliser le système : telles sont les actions menées pour répondre à la question.

Colza en fleurs en région Ile de France. © INRA, CAUVIN Brigitte
Mis à jour le 28/07/2015
Publié le 24/07/2015

Un gène de résistance qui a été contourné peut-il encore s’avérer utile ? « Oui, nous nous en sommes aperçus lors d’une étude de populations de souches de phoma menée sur le terrain avec les semenciers et le Cetiom, le Centre technique interprofessionnel des oléagineux », répond Marie-Hélène Balesdent, responsable scientifique du projet K-Masstec – Etude de stratégies de gestion de gènes de résistance spécifique au phoma du colza.

Il y a dix ans, alors que près de 30 % des variétés de colza portaient le gène de résistance spécifique au phoma Rlm3, les populations pathogènes semblaient avoir contourné cette résistance, qui paraissait dès lors inutile. Or Rlm3 est redevenu intéressant lorsque des variétés possédant un autre gène de résistance spécifique, Rlm7, ont été déployées et que l’agent pathogène a contourné cette nouvelle résistance. Car les souches de phoma virulentes vis-à-vis de Rlm7 s’avèrent incapables d’attaquer les variétés Rlm3.

Gérer les gènes de résistance dans le temps

Comment, dès lors, utiliser ces deux gènes de résistance spécifiques Rlm3 et Rlm7 ? « Là est tout l’objet du projet K-Masstec, reprend Marie-Hélène Balesdent. Nous comparons deux stratégies d’utilisation de ces gènes. Est-il préférable, en termes de durabilité de la résistance, de les intégrer tous les deux dans une même variété, technique dite de pyramidage, ou de les utiliser en alternance, une année sur deux ? » Les scientifiques cherchent en outre à comprendre au niveau moléculaire les mécanismes impliqués dans la résurgence des souches avirulentes sur Rlm3 et à savoir en combien de temps vont apparaître des souches capables de contourner les deux gènes de résistance.

Essais au champ et modélisation

Les deux stratégies de gestion de ces gènes sont évaluées grâce à des essais conduits en parcelles expérimentales. « Ces essais au champ nous permettent d’obtenir des données biologiques qui serviront à une modélisation du système, permettant des prédictions sur le long terme », précise la responsable du projet. 

Ce projet de quatre ans, qui n’est encore qu’à mi-parcours, débouche sur de nouvelles perspectives au plan national, avec notamment, pour 2015-2016, un projet financé par le LaBex Basc, en partenariat avec le groupe coopératif agricole InVivo, pour observer l’état des populations à l’échelle du territoire.

« Préserver l’efficacité des gènes de résistance spécifiques est important car la résistance est loin d’être le seul critère à prendre en compte lorsque l’on crée une variété, souligne Marie-Hélène Balesdent. Et les sources de résistance spécifiques au phoma sont rares. »

Colza en fleurs en région Ile de France. © INRA, CAUVIN Brigitte

En savoir plus

Responsable : Marie-Hélène Balesdent (mhb@versailles.inra.fr).

Participants : T. Rouxel, C. Plissonneau, I. Fudal, B. Ollivier, R. Delourme, L. Bousset, M. Ermel, F. Carpentier, S. Touzeau, M-H. Jeuffroy.

Partenaire : Cetiom (Centre technique interprofessionnel des oléagineux) - M. Leflon, J. Carpezat, S. Bichot.

Projet présenté au séminaire SMaCH – PRESUME, à Paris, le 12 novembre 2014.