Bilan du séminaire Paysage et Santé des Cultures

Le séminaire Paysage et Santé des Cultures organisé dans le cadre du métaprogramme Sustainable Management of Crop Health (SMaCH), à eu lieu à Paris les 14 et 15 mai 2012. Il a rassemblé près de 50 participants et a donné lieu à la présentation de 28 exposés, répartis en 5 sessions. Chaque session a fait l'objet d'une discussion propre et le séminaire s'est conclu par une discussion générale de deux heures, assez intense et parfois passionnée. Les retours des participants montrent que le séminaire a été apprécié. Il a permis de présenter un panorama assez riche des recherches conduites en santé des cultures à l'échelle du paysage agricole, de faire le point sur les différentes approches méthodologiques (expérimentales comme théoriques) et sur les principaux problèmes rencontrés.

Paysage,  EAU , agriculture, alimentation. © Inra, MAITRE Christophe
Mis à jour le 13/03/2013
Publié le 04/03/2013

Pertinence de l'échelle paysage

Les exposés dans leur ensemble montrent la pertinence de considérer la protection des cultures à l'échelle du paysage. Cette échelle d'étude permet d'identifier des variables ayant un pouvoir explicatif important et de considérer le système agricole de manière plus globale (répartition des  différentes cultures, rotations, espaces  interstitiels, réservoirs, forêts). Dans ce cadre, un effort particulier est produit pour la description spatiale des paysages mais il est fait remarquer que la dimension temporelle ne doit pas être négligée (la dynamique d’évolution des paysages, notamment due à la mise en œuvre des pratiques agricoles à l’échelle spatiale considérée, apparaît essentielle à prendre en compte pour certains processus bio-écologiques).

Description et caractérisation du paysage

Une question soulevée par plusieurs intervenants et participants est celle de la description du paysage. Comment et à quelle échelle (groupe de parcelles, exploitation agricole, bassin versant) décrire et caractériser un paysage, en extraire les variables pertinentes par rapport aux processus biologiques étudiés ? Comment simplifier la représentation du paysage ? Cette question mériterait une réflexion approfondie, en lien avec l'analyse de données et la modélisation. Une meilleure généricité dans la description du paysage permettrait en particulier de comparer ou mutualiser différentes études, alors que cela est difficile à l'heure actuelle. Il s'agit aussi de pouvoir s'émanciper d'une structure paysagère particulière, générant des effets spécifiques, pour aller vers des prédictions générales ("dans quelle mesure ce que l'on observe en sortie (des modèles) est-il excessivement spécifique de ce qu'on a mis en entrée ?" – H. Monod). La question de l'échelle à laquelle il convient de définir les variables doit également être posée.

Accès aux données

Une difficulté récurrente pour les études à l'échelle du paysage est l'accès aux données. Les équipes ne peuvent matériellement recueillir des données à cette échelle de manière autonome et doivent utiliser des dispositifs collectifs existants (zones ateliers en particulier). Certaines équipes construisent des dispositifs de taille limitée (quelques parcelles avec bordures). L'association avec des partenaires disposant de réseaux de surveillance peut être précieuse. Plusieurs études présentées font appel aux zones ateliers de Chizé, Pleine Fougères, Dijon et Toulouse. La discussion a notamment porté sur l'intérêt de définir d'autres zones ateliers (adaptées par exemple à la production maraîchère ou à la grande culture) et sur la nature des données à récolter. Une forme de mutualisation des données, en particulier des données de description de paysages, a été suggérée. Dans certains cas, les données sont détenues par des partenaires. Une réflexion commune sur le protocole de mesure ou d'observation pourrait alors être bénéfique. Cette réflexion pourrait également permettre de réaliser davantage d’observations sur les zones ateliers, pour une plus grande valorisation par différentes équipes de recherche. Il existe également des situations pour lesquelles ni l'expérimentation ni le dispositif en zones ateliers n'est possible, comme dans le cas des parasites de quarantaine (exemple de la Sharka). L'accès aux données épidémiologiques est alors crucial.

Analyse des données

Les participants ont souvent rencontré des difficultés méthodologiques dans l'analyse des données spatialisées. Il n'est pas simple de définir les variables à mesurer, leur nombre est potentiellement important, et il existe un risque fort de confusion d'effets (l’identification des variables paysagères déterminantes dans un processus biologique étant souvent mise en évidence par un traitement statistique « sans a priori »). Plusieurs participants suggèrent une forme de réflexion sur l'analyse des données, par exemple sous forme d'un atelier au cours duquel plusieurs méthodes, testées dans différentes études, seraient appliquées sur un même cas d’étude et confrontées.

Modélisation

Les discussions ont mis en évidence un besoin en outils de modélisation opérationnels et faciles à mettre en œuvre sur des cas d’étude variés. Cependant, la communauté bénéficie des avancées réalisées ces dernières années  dans des domaines connexes (dispersion du pollen, gestion des OGMs) par d'autres équipes de recherche, qui se sont structurées en réseaux ou groupes de travail (en particulier PayOTe). Des outils informatiques sont déjà disponibles (exemple des outils CaliFloPP, GenExp, LandsFACTS). Le développement de la plate-forme "paysage virtuel" va dans le même sens.
Par ailleurs, une discussion très intéressante a eu lieu sur différentes approches de modélisation, allant d’une description détaillée du système biologique, jusqu’à une conceptualisation épurée de ce système. Les interventions ont fourni de bons exemples des deux approches. La première se veut plus réaliste (au sens de la représentation du système) et fournit des sorties quantitatives, dont la qualité illustrative et pédagogique en fait aussi un bon support de communication. La seconde présente une vertu générique qui permet de raisonner sur les composantes essentielles à la compréhension du système. Les modèles construits dans cette optique sont de bons guides conceptuels. Les deux types d'approches étaient bien représentés dans l'assistance, ce qui a permis une confrontation intéressante.

Implication des SHS

Les liens entre les sciences biologiques et les sciences humaines sont apparus dans la session 4 (gestion à l'échelle des paysages), où des recherches associant agronomie et sciences de l'organisation ont été présentées. L'intérêt de développer des collaborations avec les sciences sociales, et en particulier l'économie (représentée par S. Charlot) mais également les sciences de gestion, a été largement discuté en fin de séminaire. L’intérêt de telles collaborations est bien perçu, notamment pour prendre en compte les moyens et contraintes des acteurs dans les scénarios de gestion testés ou proposés, mais n’est pas apparu indispensable à toutes les études, l’implication des acteurs dans les travaux pouvant parfois limiter la mise en évidence de scénarios biologiques pertinents. D'autre part, le nombre de chercheurs disponibles dans ces disciplines est faible, et ne permet pas leur participation systématique à toute étude dans ce domaine.

Suite et perspectives possibles

  1. Atelier de réflexion sur la description du paysage et l'analyse des données, la recherche de descripteurs génériques (possiblement sur la base d'une mise en commun de plusieurs méthodes appliquées à des cas d’étude communs). Ces ateliers devraient inclure des séminaires de restitution à l'attention des autres chercheurs intéressés mais non impliqués directement.
  2. Rédaction d'un ouvrage collectif sur la question de la protection des cultures considérée à l'échelle du paysage. Les travaux français apparaissent en avance dans ce domaine par rapport à ce qui se fait au niveau international, ce qui encourage à la rédaction de position paper, d’articles de concepts, d’articles de comparaisons de cas d’étude pour faire émerger des méthodes génériques ! Une possibilité serait de rédiger un N° spécial dans une revue ciblée (ex. Frontiers in ecology).
  3. Réflexion sur le lien avec les sciences sociales. Comment initier des projets collaboratifs entre des chercheurs qui se connaissent peu et ne partagent pas encore de question commune bien définie ? Organiser un séminaire ad hoc ?
  4. Favoriser la diffusion des méthodes et des outils de modélisation et d'analyse de données construits dans d'autres contextes, en particulier celui du groupe PayOTe. Identifier les besoins de développements conceptuels (voir aussi le point 1).
  5. Construire et renseigner une base de données sur les paramètres biologiques / les traits de vie des bioagresseurs et auxiliaires à intégrer dans les modèles de gestion intégrée des paysages. L'idée est de travailler sur des profils de bioagresseurs plutôt que sur chaque espèce.
  6. Constitution d'une base de données de paysages bien caractérisés, à partir des données disponibles dans les unités ?
  7. Manipuler expérimentalement le paysage pour tester des solutions ? les recherches se bornent souvent à étudier les effets de caractéristiques de paysages tels qu’ils existent. Cela conduit souvent à de possibles confusions d’effets. Une idée complémentaire serait de pouvoir tester l’effet de caractéristiques paysagères en manipulant expérimentalement le paysage. EN poussant plus loin cette idée, on pourrait imaginer mettre tous les spécialistes, qui ont travaillé en général sur un bioagresseur, autour d’une table pour tenter d’imaginer le paysage qui serait le plus favorable possible à une réduction des bioagresseurs et/ou à une augmentation des auxiliaires.

Quelques phrases marquantes, jolis sujets de dissertation

Sur le choix méthodologique de modèles conceptuels : "On cherche la simplicité pour mieux expliquer des choses complexes" (N. Sapoukhina).
Sur l'implication des sciences sociales : "Il est plus facile d'obliger les agriculteurs à planter des haies que d'empêcher les insectes d'y aller" (M. Plantegenest).