Gestion agroécologique des ravageurs de grandes cultures par l’implantation de bandes fleuries en bord de champ

Des bandes fleuries diversifiées et pérennes permettent de réduire de 30 à 50% l’abondance et les dégâts des pucerons et criocères sur orge et pois ainsi que d’augmenter le taux de parasitisme des ravageurs du colza et de la bruche de la féverole par la faune auxiliaire. Pour mettre en évidence la prédation exercée au niveau du sol, nous avons utilisé des proies sentinelles exposées à la surface du sol, comme des larves de bruches, sur lesquelles des taux de prédation toujours supérieurs à 95% ont été observés.

Suivi des peuplements de carabes. Les carabes sont capturés à l'aide de piéges à interception. Ce sont des insectes dont l'écologie est bien connue et qui sont étudiés comme indicateurs des structures de paysage, comme auxiliaires des cultures.,Haie avec une bande enherbée.. © Inra, MAITRE Christophe
Mis à jour le 09/11/2017
Publié le 09/11/2017
Mots-clés :

Antoine Gardarin, pourquoi avez-vous choisi de travailler sur les bandes fleuries ?
Dans des cultures comme le colza, le contrôle des ravageurs par des pesticides chimiques est confrontée à des impasses techniques, agronomiques et environnementales. La gestion de ces insectes doit désormais reposer sur une combinaison de pratiques valorisant des régulations biologiques. Les bandes fleuries sur lesquelles nous avons travaillé (bandes pérennes de végétation indigène) sont une manière d’accroître la biodiversité dans les agroécosystèmes. Si leur effet positif sur les organismes auxiliaires a été maintes fois démontré, leur efficacité sur la régulation des ravageurs est peu connue, notamment en systèmes de grandes cultures.

Quels partenaires avez-vous rassemblé autour de votre projet ?
Au départ, nous avons organisé des rencontres scientifiques afin de faire l’état des connaissances sur la mesure des régulations permises par les bandes fleuries. Avec le RMT « Biodiversité et Agriculture » et les partenaires du projet CASDAR MUSCARI, nous avons également partagé des expériences quant aux méthodes permettant de mesurer les régulations biologiques et de faire le lien avec les organismes auxiliaires impliqués. Des protocoles d’utilisation de proies sentinelles ont ensuite été élaborés et testés avec Mickaël Hedde (UMR Ecosys), Yvan Capowiez (UMR PSH), Mathieu Coulis (UR GECO), Gaëlle Marliac (UMR GDEC) et Marion Poussin (Laboratoire d’écologie et de biologie des interactions).

Pouvez-vous quantifier les régulations biologiques permises par ces bandes fleuries ?
Nous avons conduit un travail méthodologique pour concevoir et évaluer un dispositif d’exposition de proies sentinelles (pucerons, bruches) afin de quantifier le potentiel de prédation des ravageurs exercé par la faune auxiliaire épigée. Alors que l’utilisation de pucerons collés sur des cartes s’est révélée peu satisfaisante, l’utilisation de larves de bruches suggère que la prédation des larves de coléoptères ravageurs est potentiellement extrêmement élevée. Ces taux de prédation sont par ailleurs très peu corrélés aux quantités de prédateurs.
Nous avons montré que les bandes fleuries réduisent les quantités de criocères des céréales et les quantités et de pucerons de 30 à 50% sur orge et pois, mais pas ou peu les pucerons du colza. Les bandes fleuries contribuent à augmenter les taux de parasitisme de nombreux ravageurs (pucerons, méligèthes, altises), mais l’ampleur de cet effet reste très modérée. Si les bandes fleuries procurent des ressources trophiques et des refuges favorisant les auxiliaires, nous avons constaté cependant que les carabes prédateurs semblaient peu dépendants des bandes et très abondants dans la parcelle cultivée sans insecticides ni travail du sol pendant les quatre années de l’essai.

Suivi des peuplements de carabes. Les carabes sont capturés à l'aide de piéges à interception. Ce sont des insectes dont l'écologie est bien connue et qui sont étudiés comme indicateurs des structures de paysage, comme auxiliaires des cultures.,Haie avec une bande enherbée.. © Inra, MAITRE Christophe

En savoir plus

> Contact : Antoine.Gardarin@inra.fr
> Responsable : Antoine Gardarin
> Participants : Mickaël Hedde, Yvan Capowiez
> Partenaires : RMT « Biodiversité et agriculture », Mathieu Coulis, Marion Poussin, Gaëlle Marliac
> Pour en savoir plus : www.smach.inra.fr

Résultats du projet GARGAMEL présenté au séminaire SMaCH du 10/11/2017