Flavescence dorée de la vigne : influence de l’environnement sauvage et analyse des systèmes régionaux de gestion de la maladie

Un nouveau risque de contamination par la Flavescence dorée (FD) à partir de plantes sauvages environnant les vignobles incite à repenser des approches de contrôle de la maladie. Quatre groupes de travail composés des acteurs impliqués dans la lutte contre la maladie ont été constitués dans les régions. Leurs expérimentations ont permis de mesurer les risques épidémiques que constituent ces plantes sur des sites pilotes, tout en prenant en compte leurs effets positifs à travers les services de régulation des ravageurs de la vigne. Prenant appui sur ces groupes, une analyse des systèmes d’action et de veille a permis d’évaluer leur capacité à intégrer ces données et plus globalement à mieux organiser la réaction face à un nouveau risque.

Clématites infectées par la flavescence dorée, maladie à phytoplasme de la vigne.. © © INRA, DANET Jean-Luc
Par Sylvie Malembic-Maher
Mis à jour le 09/11/2017
Publié le 09/11/2017

Sylvie Malembic-Maher, la lutte contre la flavescence dorée devient-elle plus complexe en raison de l’influence de l’environ-nement des vignobles ?

Les expérimentations sur des sites pilotes ont montré que les aulnes et les clématites (en Bourgogne seulement) hébergent les phytoplasmes de la FD et sont fréquents dans les milieux semi-naturels des abords des parcelles. Mais le transfert des phytoplasmes vers la vigne par des insectes vecteurs présents sur ces plantes reste rare. De plus, ces milieux constituent un potentiel de régulation vis-à-vis des autres ravageurs de la vigne. Nos travaux indiquent que le risque d’épidémie de FD par cette voie est bien présent mais devient faible si une bonne surveillance des vignobles est assurée. Les repousses de porte-greffe de vigne ensauvagés constituent un risque de réservoir bien plus élevé car elles peuvent héberger le phytoplasme ainsi que le vecteur viticole de la FD. Leur incidence est très préoccupante sur certains sites et un lien entre la présence de ces plantes-réservoirs et les foyers de maladie sur vigne a été établi. Elles freinent l’efficacité des mesures de luttes au vignoble.

Comment aborder alors la prévention et la veille épidémiologique?

Au-delà des actions de lutte réglementaires, des expérimentations collectives orientées vers la prévention et la vigilance ont déjà eu lieu dans plusieurs territoires viticoles. En Bourgogne, le risque de transfert depuis les plantes sauvages a été intégré dans les processus d’évaluation de risques et la lutte insecticide a été modulée en fonction de ces nouveaux critères. Un réseau de pièges pour le monitoring des vecteurs alternatifs a été mis en place en Alsace en partenariat avec les régions allemandes voisines. Enfin, en Aquitaine, un livret pour la gestion des vignes ensauvagées, par les particuliers et les vignerons, a été élaboré dans le cadre d’un projet Ecophyto puis expérimenté sur des sites pilotes.

Il devient donc important d’étudier les systèmes de gestion de la maladie ?

La gestion de cette maladie de quarantaine, pilotée par les services de l’état, implique un réseau d’acteurs techniques et professionnels de la filière viticole en prise avec les viticulteurs. Ils doivent faire face à la progression de la maladie et aux tensions qu’engendrent les obligations de lutte et l’utilisation de produits phytosanitaires. La capacité des vignerons à se fédérer, à intégrer les risques nouveaux et à savoir moduler la lutte en fonction du niveau de risque est déterminante pour passer le cap de la crise d’émergence et entrer dans une phase de « vivre avec la maladie », qui prend en compte les critères de durabilité de l’activité viticole. Mais cette modulation de la lutte obligatoire n’est envisageable que si tous les types de savoirs sont mobilisés. C’est aussi un investissement collectif qui prépare les acteurs à la gestion d’autres épidémies.

Clématites infectées par la flavescence dorée, maladie à phytoplasme de la vigne.. © © INRA, DANET Jean-Luc

En savoir plus

> Contacts : Sylvie Malembic-Maher sylvie.malembic-maher@inra.fr; Adrien Rusch adrien.rusch@inra.fr, Marc Barbier marc.barbier@inra.fr  Responsables : Sylvie Malembic-Maher (UMR BFP, SPE) et Adrien Rusch (UMR SAVE, SPE)
> Participants :Marc Barbier, Maïwenn Prigent (UMR LISIS, SAD), Adrien Rusch, Lionel Delbac, Daciana Papura, Denis Thiery (UMR SAVE, SPE), Sylvie Malembic-Maher, Xavier Foissac, Jean-Luc Danet, Pascal Salar, Delphine Desque (UMR BFP, SPE).
> Partenaires : IRIS (Univ Paris 13), SRALs, FREDONs, GDONs, CIVB, BIVB, AIVB, BioBourgogne, IFV Beaune, CA 71, LDAs.
> Pour en savoir plus : www.smach.inra.fr

Résultats du projet FLADORISK présenté au séminaire SMaCH du 10/11/2017