Le mildiou de la pomme de terre sous haute surveillance en Europe

Le mildiou reste la principale menace pour les cultures européennes de pommes de terre, près de deux siècles après sa première introduction en Europe. Avec le projet IPMBlight 2.0, Didier Andrivon a construit un consortium européen pour comprendre pourquoi, en dépit de nombreuses avancées scientifiques, il est encore difficile de contrôler le mildiou avec les pratiques efficaces et respectueuses de l'environnement. Les chercheurs pensent qu’une clé du mystère réside dans la structure génétique et phénotypique des populations du pathogène, et ont l'intention de les analyser à l'échelle européenne et d'intégrer ces informations au sein d’un Outil d’Aide à la Décision (OAD).

Carte de répartition des génotypes de Phytophthora infestans en Europe en 2014. Mildiou de la pomme de terre.
Repartition of potato light blight genotypes.. © Inra, Euroblight
Mis à jour le 27/05/2016
Publié le 11/05/2016

Didier Andrivon coordonne le consortium IPMBlight 2.0, impliquant huit institutions (recherche, développement, sélection) de cinq pays européens concernés par le mildiou de la pomme de terre : France, Danemark, Norvège, Estonie et Royaume-Uni. Le projet, financé grâce à l’Era-net C-IPM , avec le soutien de SMaCH, aborde une question apparemment simple: peut-on élaborer des stratégies de lutte intégrée pour maintenir durablement le mildiou sous contrôle ? "Nous sommes confrontés à un grand défi, car le mildiou est toujours un gros problème, à l'échelle européenne et même dans le monde entier. Donc, nous devons rassembler nos forces et moyens pour résoudre le mystère des invasions répétées de cette maladie ».

Un pathogène avec des structures génétiques en évolution rapide

Le mildiou est causé par un oomycètes, Phytophthora infestans, caractérisé par une forte instabilité génétique de ses populations. Cette structure génétique instable compromet à la fois le déploiement des cultivars résistants et la gestion des fongicides. Il est donc crucial de caractériser et de comprendre les mécanismes des changements de population pour un contrôle plus durable de la maladie. Deux types de modes de reproduction sont déjà connus en Europe. Les populations occidentales et du Sud sont principalement clonales, avec des lignées changeantes. Les populations d'Europe du Nord et du nord sont très diverses génétiquement, avec une reproduction sexuée active.

Les deux situations sont problématiques pour le contrôle de la maladie. «Nous manquons encore des connaissances nécessaires pour prévoir quand les changements se produiront et les caractéristiques probables des prochains génotypes invasifs», souligne Didier Andrivon. Acquérir cette connaissance en récoltant les informations génotypiques et phénotypiques des populations de P. infestans, et en les analysant est le premier objectif du projet.

Vers des OAD en « open source »

A terme, le projet fournira de nouveaux outils pour l’epidemiovigilance des populations européennes de mildiou, diffusera en temps réel les données de surveillance via la plate-forme collaborative Euroblight, et construira une nouvelle génération d’OAD combinant ces données avec l'évaluation des risques climatiques. Ainsi, les utilisateurs disposeront des bases scientifiques pour des prises de décisions éclairées et l'amélioration des stratégies de lutte.

Portait, photo, de Didier Andrivon. © Inra, INRA

En savoir plus

Coordinateur: Didier Andrivon, Inra, France, didier.andrivon@rennes.inra.fr
Partenaires: : Aarhus University, Denmark; NIBIO, Norway; Estonian University of Life Sciences, Estonia; ARVALIS, France; Association des Créateurs de Variétés Nouvelles de Pomme de Terre, France; Norwegian Agricultural Extension Service, Norway; James Hutton Institute, Scotland, UK.
Pour en savoir plus: http://euroblight.net/research-projects/ipmblight20/

Projet C-IPM (2016-2018) http://c-ipm.org/