Décrypter le marché des insectes auxiliaires en faveur de la lutte biologique et intégrée

Comment la relation marchande influence-t-elle la manière d’utiliser les insectes auxiliaires pour gérer la santé des cultures ? C’est à cette question que Nathalie Jas et son équipe tentent de répondre dans le projet BUGS. Pour y répondre, les chercheurs étudient 3 cultures utilisatrices d’insectes pour la protection biologique intégrée : la tomate, la fraise et le maïs. Ils portent une attention toute particulière à l’analyse du marché des trichogrammes, utilisés depuis plusieurs décennies sur les cultures de maïs.

Trichogramma brassicae BEZDENKO parasitant une ooplaque d'Ostriania nubilalis (pyrale du mais).. © Inra, PIZZOL Jeannine

Nathalie Jas, à quels objectifs répond le projet BUGS ?
Le projet concerne l’étude des insectes auxiliaires des cultures avec pour objectif principal d’analyser l’agencement de ce marché qui se structure progressivement. Il associe des chercheurs issus de quatre disciplines : l’histoire, la sociologie, la gestion et l’économie. Le projet comporte trois axes d’études : la place de l’Inra dans le développement d’insectes auxiliaires des cultures, l’étude de l’agencement des activités de production, de distribution et de commercialisation des insectes auxiliaires et l’analyse de l’impact de l’usage des insectes sur les pratiques des agriculteurs. L’approche en sciences économiques et de gestion s’attachera à étudier la structuration des marchés et les relations entre les acteurs tandis que l’approche sociologique interrogera le rôle du marché dans l’adoption de nouvelles pratiques en matière de lutte biologique.

Dans quel contexte s’inscrit le projet ?
Le projet BUGS s’inscrit dans le contexte général de réduction des pesticides prévu par le plan Ecophyto, en considérant l’utilisation d’insectes auxiliaires comme une alternative aux produits phytosanitaires. La genèse de ce projet provient du constat qu’une grande partie des travaux issus de la recherche en sciences sociales concerne l’adoption de nouvelles techniques agricoles. Peu s’intéressent aux relations marchandes entre acheteurs et vendeurs des solutions de biocontrôle.
Nous cherchons ici à comprendre comment cette dernière influence la manière d’utiliser les insectes auxiliaires en lutte phytosanitaire. Nous avons mis en place ce projet pour tenter de comprendre la pluralité des modes de production et des modes de vente et identifier les modes d’insertion des insectes dans les itinéraires techniques. Le deuxième constat concerne la différence d’utilisation de ces auxiliaires pour la lutte biologique en fonction des cultures. Que ce soit pour la fraise, la tomate ou le maïs, l’utilisation et le marché des insectes auxiliaires sont très différents.
Les producteurs de tomates n’utilisent quasiment plus d’insecticides qu’ils ont remplacés par des auxiliaires, et certaines organisations de producteurs sont devenues elles-mêmes productrices d’insectes pour leurs adhérents. Les producteurs de maïs ont adopté progressivement les trichogrammes comme substitut à des produits phytosanitaires dans la lutte contre la pyrale du maïs. L’adoption croissante des trichogrammes résulte de leur transformation par 30 années de R&D qui ont permis de les rendre opérationnels pour être utilisés à grande échelle après avoir été transportés sur des milliers de kilomètres. Les producteurs de fraises, quant à eux, utilisent peu les insectes alors même qu’une partie de ces producteurs sont aussi producteurs de tomates. L’objet ici est d’étudier les phénomènes qui ont conduit à l’émergence ou non de différents types marchés des insectes et comment les relations de marchés (notamment les besoins des producteurs) co-construisent les caractéristiques des insectes proposés à la vente et la R&D associées. Il s’agit de mettre en lumière les dynamiques et les conditions de réussite de tels marchés – et par là de l’utilisation à large échelle d’insectes en protection phytosanitaire.

Quelles actions concrètes prévoyez-vous pour la réalisation du projet ?
L’équipe, qui travaillera en lien avec des entomologistes de l’Inra, va conduire une enquête sociologique et économique, attentives aux pratiques et aux contenus et enjeux scientifiques et techniques, sur les marchés des insectes dans le secteur de la tomate auprès de tous les acteurs de la filière et une enquête sociohistorique sur les acteurs de la R&D des trichogrammes, avec une focalisation particulière sur les acteurs Inra. L’enquête sur la filière fraise menée auprès de certains acteurs visera à émettre des hypothèses sur le recours limité aux insectes en cherchant à comprendre la place des relations de marchés.

En savoir plus

Contact(s) :
- Responsable : N. Jas (nathalie.jas@ivry.inra.fr).
- Participants : L. Bonnaud, B. Zouhair, A. Guilhem, M. Aubert, F. Saucede.
Projet accepté à l'AAP SMACH 2016