Gérer durablement les fongicides à l’échelle des territoires

Comment utiliser moins de fongicides tout en optimisant leur usage pour limiter la sélection des agents pathogènes résistants et ainsi pérenniser l’efficacité des substances actives du marché ? Afin de répondre à cette problématique, le projet Fondu a, grâce à l’analyse d’essais au champ et à la modélisation, mis en lumière les stratégies durables à développer collectivement pour chaque situation. Il s’est également attaché à comprendre les freins socio-économiques à l’appropriation de ces stratégies par les filières agricoles.

Symptôme de mildiou sur feuille de vigne. © Inra, BUGARET Yvon
Publié le 07/10/2016

Tout le monde s’accorde sur la nécessité de réduire l’usage des pesticides. Mais les débats se poursuivent sur les intérêts respectifs des stratégies d’utilisation des fongicides permettant de limiter la sélection des résistances. Or la diversité de ces spécialités est limitée et en décroissance, ce qui pourrait accroître ce risque de résistance. « Une réflexion collective s’impose donc dans les filières pour identifier les stratégies d’utilisation des fongicides les plus durables », souligne Anne-Sophie Walker, responsable du projet Fondu - Stratégies territoriales d’utilisation DUrable des antiFONgiques. Le projet a combiné des expertises en phytopathologie, agronomie, statistiques, modélisation, informatique, sciences de gestion et économie.

Des stratégies durables…
« Le projet a porté sur trois agents pathogènes fortement concernés par la résistance : ceux responsables de la septoriose du blé, de l’oïdium et du mildiou de la vigne », reprend l’ingénieure de recherche. Le travail a consisté dans un premier temps à récolter des données expérimentales sur l’évolution des résistances et la durabilité des stratégies anti-résistance. Ce qui a ensuite permis d’établir un modèle générique spatialisé permettant d’évaluer et de prédire la durabilité de ces différentes stratégies. « Chaque situation de production nécessite une stratégie adaptée en fonction du pathogène, des substances actives utilisées, du système de culture : alternance des spécialités, mélange, fractionnement, modulations des doses… », explique la responsable.
Les stratégies de gestion de la résistance doivent en outre s’avérer socialement acceptables et économiquement viables pour les agriculteurs. Le projet s’est alors attaché à identifier les freins et leviers à l’appropriation de ces changements de pratiques. Une enquête à partir de 46 entretiens semi-directifs a été menée auprès de sociétés phytopharmaceutiques, de distributeurs agricoles, d’instituts de recherche, de producteurs...

… à adopter collectivement
Les stratégies les plus durables visent à maximiser l’hétérogénéité de la sélection de souches résistantes dans des échelles de temps et d’espace larges. Les raisonnements ne doivent pas être menés au niveau individuel mais de préférence à celui d’un territoire. « Si chacun raisonne dans son intérêt propre et immédiat, les substances actives perdent vite de leur efficacité et l’ensemble des agriculteurs fait face à des impasses techniques et à des pertes économiques, souligne la responsable du projet. Une coordination des pratiques de production à l’échelle d’un territoire est souhaitable. » Pour Anne-Sophie Walker, la diffusion d’une information coordonnée sur les résistances par un acteur public s’avère indispensable.

En savoir plus

Contacts :

- Responsable : A.-S. Walker (anne-sophie.walker@inra.fr).
- Participants : G. Couleaud, M.-F. Corio-Costet, M.-C. Dufour, F. Angevin, M. Garnault, A. Deredec, B. Oudot, F. Carpentier, J.-M. Armand,
O. David, B. Laroche, H. Monod, F. Fabre, F. Coleno, M. Hannachi, E. Taddei, T. Han, S. Lemarie, C. Langinier, S. Charlot, P. Marcoul.
- Partenaires : Ministère l’Agriculture, Anses, IFV, Arvalis-Institut de végétal, Chambres d’agriculture, Vinipôle, Hennessy, nombreuses coopératives, négoces agricoles et associations professionnelles, sociétés phytopharmaceutiques, ARNT, Cifre, Université d’Alberta (Canada).

Projet présenté au séminaire SMaCH – « Gestion durable de la santé des cultures », 6 & 7/10/2016