Comprendre la dispersion de l’anthracnose de l’igname

Face au côté imprévisible de l’apparition de l’anthracnose, les producteurs abandonnent l’igname dans les Antilles, pourtant première culture vivrière de la zone. Des chercheurs de l’Inra ont tenté de comprendre le déterminisme de la dispersion du champignon. La gestion des nombreuses plantes hôtes dans l’environnement de la parcelle semble être une piste prometteuse pour lutter contre la maladie.

Fleurs mâles et femelles de Dioscorea alata.. © Inra, HOSTACHE Gérard
Publié le 07/10/2016

« L’anthracnose de l’igname est une maladie que nous connaissons mal, que nous ne savons pas prévenir et qui cause d’importants dégâts, explique Laurent Penet, chercheur à l’unité de recherches agrosystèmes tropicaux de l’Inra Antilles-Guyane. Elle peut détruire 80 % de la récolte. » Or, l’igname est la première culture vivrière locale et la troisième plante cultivée après la canne à sucre et la banane dans les Antilles. Les surfaces sont en déclin, notamment du fait de cette maladie causée par le champignon Colletotrichum gloeosporioides.  

Les agriculteurs plus sceptiques que les experts

Pour lutter contre le bioagresseur, le projet Gap-Yam mené par l’Inra, s’est penché sur les effets des systèmes de culture, des paysages et de l’environnement de la parcelle. Il a été mené avec les chambres d’agriculture de Martinique et de Guadeloupe ainsi que des acteurs agricoles de la Barbade pendant deux ans et demi. « Colletotrichum gloeosporioides n’est pas spécifique des cultures : l’idée est de comprendre les variables qui influent sur sa propagation sur le territoire », indique Laurent Penet. Vingt-cinq facteurs de risque référencés dans la bibliographie ont été analysés. « Les experts et les agriculteurs s’accordent sur ces facteurs. Toutefois, ils divergent sur leur importance : les producteurs d’igname sont beaucoup plus modérés sur leurs impacts réels. »  
Par exemple, la bibliographie mentionne que la présence de manguiers accroît le risque de maladie.   « Sur le terrain, les agriculteurs sont beaucoup plus nuancés », reconnaît Laurent Penet. Des résultats plus consensuels ont toutefois pu être mis en avant : la diversité de l’environnement de la parcelle augmente le risque de maladie et les filets qui protègent les haies constituent parfois un frein à la dispersion du champignon ou, à l’inverse, un réservoir du pathogène.

Gérer les plantes hôtes

Quid des pratiques agricoles ?  « Seul le désherbage peut être un levier pour réduire la présence du champignon. En effet, nous avons montré que les adventices augmentent le risque d’anthracnose », explique Laurent Penet. Tout comme la présence de lisières arborées, et notamment des fabacées. « D’une manière générale, la gestion des hôtes de l’anthracnose semble essentielle pour lutter contre la maladie, poursuit le chercheur. Les paramètres de paysage et de biodiversité ont plus d’impact que les pratiques agronomiques. »
Les  résultats vont être publiés dans une brochure à destination des producteurs qui ont participé à l’étude. Le travail a aussi permis d’identifier les personnes ressources dans la filière et d’amorcer une dynamique de lutte contre le champignon à large échelle.

En savoir plus

Contacts :
- Responsables : L. Penet  (laurent.penet@inra.fr ).
- Participants : F. Bussière, D. Petro, S. Guyader, A. Alleyne (UWI), D. Cornet (Cirad).
- Partenaires : Agriculteurs producteurs d’ignames,  chambres d’Agricultures de Guadeloupe, Martinique et Barbade.

Projet présenté au séminaire SMaCH – « Gestion durable de la santé des cultures », 6 & 7/10/2016