Créer une base documentaire à partir des Avertissements agricoles

Retrouver, répertorier et numériser les Avertissements agricoles depuis 1948 pour les rassembler au sein d’une plateforme internet : tel est l’objectif du projet Histopest. La base documentaire ainsi créée, ouverte à tous, informe des niveaux de pressions biotiques subies par les différentes productions végétales au niveau national sur près de 70 ans. Cette capitalisation de références, utile à la transition agroécologique, ouvre la porte à de multiples analyses quantitatives ou qualitatives, et notamment au développement de modèles épidémiologiques.

Copie d'écran PESTOBSERVER INRA - LISIS - UPEM, projet HISTOPEST du Métaprogramme SMACH. © Inra, INRA

La surveillance du territoire s’est structurée de manière significative après-guerre. Dès 1945, les Avertissements agricoles (AA), remplacés en 2009 par les Bulletins de santé du végétal (BSV), informent les agriculteurs de chaque région des risques relatifs aux agents pathogènes, aux ravageurs et parfois aux adventices.
Recueillir l’ensemble de ces documents, les mettre en forme puis à disposition de tous : tel a été l’objet du projet Histopest. « Les recherches sur la protection intégrée des cultures nécessitent des données sur les populations de bioagresseurs, souligne Jean-Noël Aubertot, responsable du projet. Or le recueil de ces données est chronophage et coûteux. Nous avons donc souhaité identifier, sauvegarder et valoriser les informations déjà disponibles. » Le projet, porté par le réseau Protection intégrée des cultures (PIC) de l’Inra, a bénéficié du soutien financier de SMaCH et du Groupement d’intérêt scientifique GC HP2E.

Des données sur près de 70 ans

Aucune centralisation des documents n’avait été instaurée avant ce projet. Le travail a donc démarré par leur recherche dans les archives des différents Services régionaux de la protection des végétaux. Il s’est poursuivi par la numérisation et la transformation en fichiers textes de tous les documents. « Une plateforme internet, nommée Pestobserver, a ainsi été créée », informe le chercheur. A ce stade, Pestobserver rassemble 69 870 données élémentaires « région-année-culture-ravageur ». L’ensemble couvre les années 1948 à 2015, 108 cultures et 342 bioagresseurs.

Une valorisation potentielle infinie

« Cette base documentaire peut être valorisée de manière multiple, reprend Jean-Noël Aubertot. Elle peut servir à tracer les évolutions dans le domaine agricole, comme l’identification de la première occurrence du terme « trichogramme » dans les AA en 1974. Elle peut également permettre de réaliser des analyses quantitatives : synthèse des niveaux d’attaques régionales pour la rouille brune de 1996 à 2010 ; top-listes des 20 cultures et bioagresseurs majeurs en France… »
Enfin, Pestobserver offre la possibilité d’effectuer des analyses quantitatives en combinant ses informations avec d’autres sources de données. Un croisement avec la base de données climatiques Histoclim (données journalières de Météo-France de 1962 à 2011), a permis de créer un modèle de prévision du risque rouille sur blé selon les conditions climatiques.  
« Pestobserver s’avère utile à la communauté scientifique mais également à de nombreuses structures agricoles. Le Geves, par exemple, qui expertise les nouvelles variétés, pourra utiliser les informations pour vérifier si son réseau d’expérimentations est bien représentatif des pressions biotiques », conclut Jean-Noël Aubertot.

En savoir plus

Contacts :
- Responsable : J.-N. Aubertot (jean-noel.aubertot@inra.fr).
- Participants : V. Cellier, N. Turenne, M. Barbier, M. Andro, C. Thiollon, X. Reboud.
- Partenaires : Irstea Clermont-Ferrand : S. Bernard, C. Roussey ; DGAL, ministère chargé de l’Agriculture.
Pour en savoir plus :  www.pestobserver.eu
projet présenté au séminaire SMaCH – « Gestion durable de la santé des cultures », 6 & 7/10/2016