Associer résistance des cépages et pratiques culturales

Panoramix, pour « Conception et valorisation de systèmes viticoles durables combinant variétés résistantes aux maladies et méthodes de protection complémentaires », associe quatre domaines de compétences de l’Inra : génétique, épidémiologie, agronomie et socio-économie. Le projet porte sur le déploiement des nouveaux cépages résistants à l’oïdium et au mildiou, susceptibles de permettre une réduction significative de l’usage des fongicides en viticulture.

Portrait François Delmotte et François Hochereau le 6 octobre 2016. © Inra, Terre-écos
Mis à jour le 06/01/2017
Publié le 06/10/2016

« L’utilisation de cépages résistants aux maladies foliaires (mildiou, oïdium) offre une nouvelle piste pour la viticulture française, en rupture avec le modèle traditionnel. Associés à des conduites adaptées, ces cépages constituent la réponse la plus significative aux attentes de la société et des pouvoirs publics pour réduire l’utilisation des fongicides en viticulture »,  introduit le biologiste François Delmotte.  
Une approche pluridisciplinaire de l’Inra, associée à des professionnels et viticulteurs  
Le déploiement de ces nouveaux cépages sous-tend que généticiens et épidémiologistes comprennent mieux l’efficience des gènes de résistance en lien avec les capacités d’adaptation et de virulence du pathogène. De plus, il est nécessaire d’associer agronomie et pathologie pour réussir à coupler l’usage de ces variétés à des conduites culturales maintenant un haut niveau de résistances variétales. Enfin, mobilisant cette fois la socio-économie, il convient d’appréhender les freins et leviers à l’adoption de ces variétés qui induisent des ruptures tant dans les habitudes de travail que dans l’élaboration du vin et de l’image des terroirs. Le programme Panoramix s’est construit dans une perspective pluridisciplinaire, mobilisant des chercheurs issus de cinq sites de l’Inra tout en associant des représentants des acteurs économiques et de développement, ainsi que des groupes de viticulteurs.
Combiner les méthodes pour qu’elles se renforcent mutuellement
Les cépages associant plusieurs gènes de résistances peuvent permettre une réduction de 80 % de l’usage des fongicides. Mais ils sont potentiellement confrontés à une agressivité accrue des pathogènes de mildiou ou d’oïdium susceptible d’éroder ces résistances variétales. Par ailleurs, avec la réduction drastique de l'usage des fongicides, des maladies dites "secondaires", comme le black-rot ou l’anthracnose, peuvent resurgir. Des conduites culturales adaptées sont donc nécessaires pour limiter l’érosion de la résistance et assurer les objectifs de production en toute situation. Le projet Panoramix a évalué plusieurs méthodes agronomiques comme la conduite de la plante et la taille, afin de limiter les épidémies d’agents pathogènes ciblés par la résistance. Des essais réalisés sur plusieurs cépages résistants ont permis de tester des règles de décision d’application de traitements.

Ils montrent la possibilité de maîtriser les infestations des maladies non contrôlées par la résistance avec peu de traitements ainsi que l’intérêt d’une conduite différenciée selon les cépages. « Nous changeons un système entièrement fondé sur des fongicides au profit d’une approche qui associe résistance variétale, traitements fongicides bien ciblés et méthodes agronomiques. L’objectif est que la résistance dure longtemps. Cela requiert d’accompagner les viticulteurs dans la mise en œuvre de ces nouveaux itinéraires techniques », résume François Delmotte.

Lever les freins à l’usage des cépages résistants
« L’usage de nouveaux cépages hybrides ne va pas de soi car l’idée même de sélection hybride a longtemps été bannie dans la viticulture française, reprend le sociologique François Hochereau. Les viticulteurs reprochaient à ces variétés de produire un vin de mauvaise qualité, voire parfois dangereux sur la santé. » Il n’en a pas été de même en Allemagne, où les recherches ont abouti à proposer depuis une trentaine d’années un grand nombre de cépages résistants avec une qualité croissante. Leur commercialisation demeure cependant marginale, car les négoces et coopératives restent centrés sur la diffusion des cépages traditionnels. « L’érosion des résistances variétales des cépages allemands, qui n’était pas vraiment traitée au départ, en fragilise l’équilibre économique », complète François Hochereau.
En France, le fort ancrage qualitatif des vins ne plaide pas pour une diffusion rapide des nouveaux cépages hybrides, qui devrait se faire dans un premier temps par assemblage. Le travail de recherche conduit en Languedoc et Bordelais a montré que les viticulteurs économiquement fragilisés étaient les plus réceptifs à l’introduction rapide des cépages résistants. D’autres facteurs favorables sont mis en avant, comme la prise en compte croissante des risques professionnels pour les salariés de l’usage des produits phytopharmaceutiques et la pression exercée par les riverains lors des traitements.
François Hochereau travaille à une meilleure compréhension des mécanismes d’appropriation. Il se propose d’animer des ateliers d’échanges participatifs afin d’étudier les voies d’introduction de ces cépages. Ce programme devrait s’inscrire dans le cadre de la constitution prochaine d’un observatoire des résistances variétales et de la vigne durable avec pour enjeu de partager les connaissances, de mieux surveiller et détecter les problèmes et, enfin, de fédérer le partage d’expériences de plantation de cépages résistants.

Portrait François Delmotte et François Hochereau le 6 octobre 2016. © Inra, Terre-écos

En savoir plus

Contacts :
Responsables : François Delmotte, Inra de Bordeaux (francois.delmotte@inra.fr) ; François Hochereau, Inra Versailles-Grignon (francois.hochereau@inra.fr).
Organismes associés : interprofession, coopératives et groupes de viticulteurs.

Séminaire SMaCH – « Gestion durable de la santé des cultures », 6 & 7/10/2016