Le paysage influe sur l’évolution des bioagresseurs

En étudiant l’expansion de la processionnaire du pin, l’Inra a mis en évidence l’impact des paysages dans la dynamique spatiale des bioagresseurs. À terme, ces travaux déboucheront sur des outils destinés aux gestionnaires des territoires pour tenter de mieux contrôler ces organismes indésirables.

Nid de chenille processionnaire dans un pin.. © Inra, ROUSSELET Jérôme
Publié le 07/10/2016

Le projet Sésame - landscape dynamics and pest management - étudie le rôle des paysages sur la distribution, la dynamique spatiale et l’adaptation des bioagresseurs aux échelles nationale, régionale et locale.
« Aucun compartiment d’un écosystème n’est indépendant, explique Jean-Pierre Rossi, coordinateur du projet au Centre de biologie pour la gestion des populations (CBGP) de l’Inra de Montpellier. Les insectes se déplacent aisément depuis les zones non-agricoles vers les zones agricoles ou forestières. Il est donc nécessaire de prendre en compte un territoire dans son intégralité pour comprendre le fonctionnement. »
L’étude a porté sur la processionnaire du pin, un papillon forestier ravageur dont la chenille se nourrit des aiguilles de diverses espèces de pins et libère des soies allergènes. « Elle remonte vers le nord de la France à la faveur du changement climatique, poursuit le chercheur. La colonisation n’a pas été affectée par l’absence de forêt de conifères dans certaines régions. » Sollicités par les collectivités pour comprendre l’évolution de la distribution du ravageur, les scientifiques ont démontré que les zones agricoles dépourvues de forêts ne constituent pas de barrières significatives à l’expansion de la chenille.

L’importance des zones non agricoles
Les trames vertes et les arbres isolés favorisent sa propagation sur le territoire. « C’est un résultat nouveau et très intéressant, indique Jean-Pierre Rossi. Les paysages agricoles tels que les grandes zones céréalières ne constituent pas un frein à l’expansion de ce ravageur. Certains éléments tels que les arbres ornementaux lui sont même parfois favorables. » En effet, des essences sont plus attaquées que d’autres. « Nous avons proposé des approches pour hiérarchiser les espèces d’arbres en fonction du danger qu’elles présentent pour la propagation de la chenille. Par exemple, le cèdre de l’Himalaya s’avère apprécié par la processionnaire. »

Classer les essences d’arbre
Le projet a permis de mettre en place des bases de données et de réaliser des analyses de risque. Ces outils doivent aider les responsables des collectivités à réfléchir les politiques de plantation. « Le classement des essences d’arbres permettra de prendre en compte le risque processionnaire dans les plans locaux d’urbanisme. Là où elle n’est pas encore présente, il convient d’éviter la plantation d’essences d’arbres sensibles. »

En savoir plus

Contacts :
-Responsable : J-P. Rossi  (rossi@supagro.inra.fr).
-Participants : P. Frey, N. Parisey, J. Rousselet
-Partenaires : Municipalités de Fleury-les-Aubrais, Saint-Jean-de-Braye, Saran et Orle?ans
Pour en savoir plus : www.smach.inra.fr
Projet présenté lors du Séminaire SMaCH – « Gestion durable de la santé des cultures », 6 & 7/10/2016